Lorsque je sortis de la limousine, je fus ébahie et enchantée par la maison qui se présentait devant moi. Gustav ne vivait pas dans l'un de ces palaces ridiculement grands, dans lequels les vedettes se vantaient sans cesse. Pas d'or, de fontaines, ou autres cochonneries hurlant à tue-tête ''Regardez-moi, je suis plein aux as!''
La demeure, un peu éloignée du centre-ville de Madgebourg, évoquait plutôt un très grand chalet. Entourée d'une belle forêt, je pus même apercevoir un bout du lac qui se situait derrière la résidence. J'émis un soupir ravi. Ce séjour, je le sentais, allait être formidable. Pour me faire plaisir, il ne me fallait que la douce brise du vent, la tranquilité d'un cours d'eau, la familière présence de végétaux. Justement, chez les Schaffer, il y avait tout cela...
- C'est...
- C'est chez moi, m'annonça Gustav. C'est pas très grand, mais c'est que j'y vis depuis que j'ai des couches, alors j'ai pas voulu déménager...
J'étais si émue par la beauté des lieux que je ne dis rien sur le moment. Intimidé par mon silence, le drummeur ajouta:
- Mais on a rénové depuis le temps, t'inquiètes...
- C'est merveilleux! finis-je par articuler.
- T'es sérieuse? fit Tom, dubitatif.
- Évidemment!
- Mais c'est dans les bois! Y a des moustiques, de la boue, du danger! La ville c'est tellement mieux...
- Ravale tes paroles! La nature est mille fois mieux! La ville c'est que pour les chochottes!
Pendant que l'on s'obstinait comme de vrais gamins, le chauffeur de la limousine, trop habitué maintenant par ces disputes incessantes entre musiciens, avait descendu de la voiture pour nous donner nos bagages, et me donna mes propres affaires.
- Tu ne peux pas aimer cet endroit grimaça Bill, aussi perplexe que son jumeau. Les lofts modernes, c'est ÇA qui est bien!
- Euh, j'ai toujours aimé la nature, me gênai-je tout à coup, mais les lofts modernes, c'est bien aussi...
J'aurais voulu me gifler! Mon béguin pour ce chanteur me faisait renier mes propres arguments, ainsi me ridiculisant devant les garçons. Je baissai les yeux vers le sol. Cette douleur qu'était l'amour me faisait toujours mal. J'essayais souvent d'impressioner Bill, sans succès. Si je sentais que Gustav, Georg et Tom avaient conifance en moi, pour le chanteur allemand, c'était une autre histoire. Tenter de percer son âme, qui semblait protégée par une impénétrable dignité, si j'osais dire arrogance, était tâche perdue d'avance.
Oh mon dieu, si vous existez, là-haut. Guérissez cette infinie douleur, prêtez-moi du courage, rendez-moi la tâche plus facile... Donnez-moi l'amour de Bill!
Quand nous entrâmes dans la demeure des Schaffer, Georg s'approcha de moi et chuchota, un sourire totalement baveux et con qui me faisait à tout coup voir rouge:
- Bill te fait pas mal d'effets hein!
Je me rembrunit et je me mis à l'insulter, en français:
- Ahh, ta yeule, tabarnac de cave!
- Pardon?
Ce qui était bien avec ces allemands, c'est que je pouvais les insulter comme je le voulais dans ma langue natale, ils ne comprenaient rien. J'eus un sourire sadique à moi-même: même s'ils parlaient français, ça n'aurait rien changé: je n'utilisais que des pures insultes québécoises... Je dûs retenir mes larmes. Penser au Québec me faisait toujours penser à mon enfance... désagréable.
Nous déposâmes nos affaires dans nos chambres respectives - il y avait 3 chambres d'amis, Bill et Tom devaient se partager l'une d'entres elles et Georg et moi avions chacun une pièce de libre. Elles étaient bien petites, comparées au luxe où nous étions habitués en tournée.
Je descendis les escaliers, m'assurant que personne ne me suivait, et sorti de la maison-chalet, question de voir de plus près ce lac. En vérité, j'avais envie d'avoir un peu d'intimité, un moment de paix intérieure. Un an avec des garçons, aussi drôles et gentils fussent-ils, m'avait donné, à la longue, un sentiment de nostalgie à l'égard de Tears of the sun, mon premier groupe. Ce que ces filles pouvaient me manquer des fois...
Je pris une immense bouffée d'air, pour chasser ces idées noires, et soupirai d'extase. Cet endroit, c'était un paradis pour moi. Si Bill et Tom étaient ravis de la ville et le luxe, moi, je préférais la tranquilité de la nature. Je regrettais même de vivre encore chez mes parents et de les avoir laissés construire un gros manoir de richard, avec mon propre argent soit dit en passant, où l'on se sentait irremédiablement enfermé, plutôt qu'un simple et calme chalet comme celui-ci.
Des pas bruyants vinrent déranger mes rêveries. Je levai la tête et vis Tom arriver.
- Hey, ma belle, que fais-tu?
J'eus un sourire crispée. Le guitariste avait la manie de m'apostropher avec des surnoms tels que ''ma belle'', ''jolie française'' (je lui ai dit que j'étais québécoise, pas française, mais il n'a jamais voulu m'écouter), ou même une fois ''princesse sexuelle'' (la honte!!!).
Bien que je savais que Tom ne disait cela que pour me taquiner, ça avait le don de me mettre horriblement mal à l'aise.C'était mon horrible vice. Chaque fois que l'on abordait le sujet de l'amour, je me sentais toujours mal à l'aise et n'arrivais plus à articuler convenablement.
- J-je rêvasses, murmurai-je en reportant mon regard vers le soeil qui se couchait devant mes yeux, dans toute sa splendeur.
- Tu viens faire un tour de barque avec moi, madame Beaux-rêves? me demanda-t-il joyeusement en désignant du doigt une barque que je n'avais pas remarqué.
Oui, oui, tk-tokiohotel483, j'ai bien utilisé l'une de tes expressions dans ta fic! Tu m'en voudras pas j'espère...